Iris du grec Iris, Iridos, l’arc-en-ciel. Outre son entrée en botanique au XIIIe siècle, l’iris qualifiera à la fois « un insecte des régions chaudes, voisin des mantes religieuses », « un minéral », « la membrane arrondie située au centre de la partie antérieure de l’œil » et même… une couleur, un vert pâle, légèrement bleuté.
Iris : fleur vivace magnifique à rhizomes ou à bulbes de la famille des Iridacées. « Petite plante à feuilles en lames de sabre que l’on cultive pour ses grandes fleurs ornementales et odorantes » ainsi que le note le Trésor de la langue française.
Reine des champs qui compte 210 espèces et d’innombrables variétés horticoles. Le roi Clovis, après avoir échappé aux Wisigoths se serait caché dans un bosquet d’iris. Il aurait alors décidé de faire de la fleur l’emblème de la royauté, bien avant le lys. Le fameux lys de France serait en fait un iris.
Cette plante est également reconnue pour ses vertus médicinales. La racine de l’iris contient de l’irone en grande quantité, substance qui lui confère son parfum agréable. Elle est recommandée traditionnellement aux enfants qui font leurs dents pour faciliter la poussée dentaire. On peut aussi utiliser de la poudre de racine d’iris pour blanchir les dents. Certaines espèces comme l’iris de Florence et l’iris pâle sont reconnues pour leurs vertus expectorantes, antitussives et diurétiques. Infusée et ensuite bue avec du miel, du vinaigre ou du vin, la racine d’iris calme toux, rhume et soulage les indigestions.
L’iris est également considérée comme emménagogue (qui régularise le cycle menstruel) et émolliente. L’iris bleu d’Allemagne, réduit en poudre, soulage les affections de la vessie, du foie et du poumon. Le rhizome frais est un vermifuge. C’est également un purgatif, au même titre que l’iris d’eau, qui provoque de violents vomissements. Enfin, la racine de l’iris d’eau est connue pour provoquer des éternuements.
Les irritations de la peau peuvent encore être soignées en appliquant une solution hydroalcoolique d’iris sur la zone concernée. L’iris, riche en suc vital, en tannins et en glucides, redonne à la peau son élasticité. Elle atténue la séborrhée des épidermes et des cheveux gras. En formant un film qui protège la peau, elle la revitalise.
Les fleurs d’iris entrent surtout dans les préparations cosmétiques, pour les peaux sensibles. Pour tonifier le visage, on peut ainsi préparer une infusion à partir de fleurs d’iris, à raison d’une poignée pour ¼ litre d’eau minérale, pendant 15 minutes. On filtre l’infusion et on la transvase dans un verre teinté.
Au Japon, la fleur d’iris a un rôle purificateur et protecteur. On l’utilise dans les bains et sur les toits des maisons pour éloigner maladies, incendies…. Le 5 mai, les Japonais prennent un bain d’iris pour bénéficier toute l’année de ses bienfaits.

Estampe de Hiroshige, issue de la série « 100 vues d’Edo », jardin d’iris Horikiri, 1857.
« Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections mira-culeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n’a pas d’ac¬tion, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres ».
René Char
Mais avant de germer dans nos prairies, l’iris a d’abord éclos dans la mythologie …
« Dans l’Orient obscur, déployant un arc immense, l’iris brille au soleil couchant.» Chateaubriand
A quelques kilomètres de chez moi, à Escamps dans le Lot, il y a le GAEC Senteurs du Quercy – Iris & Plantes de terrain sec, un lieu qui décline la beauté sous toutes ses formes et couleurs…
L’iris doit en effet son nom à la déesse de l’arc-en-ciel, fille de Thaumas et de l’Océanide Electre, petite fille de Gaïa, la Terre, et d’Océan. Iris est une des divinités primordiales, celle d’avant les dieux de l’Olympe. Elle est la femme de Zéphyr (divinité du vent d’ouest) et mère d’Éros (dieu de l’amour. Cette déesse « aux pieds rapides comme le vent » (selon le poète Homère) est messagère des dieux et principalement d’Héra (comme Hermès est messager de Zeus) qui avait pour elle une affection sans bornes. Il faut dire qu’Iris ne lui apportait que les bonnes nouvelles. Héraut du mont Olympe, Iris l’était également pour les humains. Homère raconte que l’emploi le plus important d’Iris était d’aller couper le cheveu fatal des femmes qui allaient mourir, et de délivrer leurs âmes de leurs corps, comme Mercure le faisait à l’égard des hommes. C’est pourquoi elle est représentée parfois avec le caducée au double serpent mais son emblème principal reste l’arc-en ciel, qui chez les Grecs, est le lien qui uni les dieux et les hommes.
Les poètes disaient que l’arc-en-ciel était la trace du pied d’Iris descendant de l’Olympe vers la Terre pour transmettre les messages divins…

Iris déesse de l’arc-en-ciel
Entré dans le dictionnaire dans la première moitié du XIIe siècle, l’iris désigna une « variété de quartz qui présente les couleurs de l’arc-en-ciel ».
En alchimie, la phase d’irisation est une étape du Grand Œuvre décrite par les alchimistes depuis l’Antiquité. Après la putréfaction ou l’Oeuvre au Noir, la matière prend les couleurs de l’arc-en-ciel d’où le nom d’irisation.
Pernety écrit :
« Les Philosophes Hermétiques donnent par similitude le nom d’Iris à leur matière, quand après la putréfaction elle prend les couleurs de l’arc-en-ciel. Ils prétendent que tout ce que la Fable a imaginé sur les emplois d’Iris auprès de Junon, doit s’entendre de ce qui se passe dans le vase Hermétique : que délivrer les âmes des corps des femmes, c’est précisément sublimer la partie volatile de la matière qui demeure au fond; ce qui se fait à point nommé dans le temps que les couleurs de l’Iris se manifestent sur cette matière; qu’Iris par ce moyen devient en effet la Messagère de Junon, parce que Junon est prise pour l’humidité vaporeuse de l’air renfermé dans le vase, et qui occupe tout le vide qu’y laisse la matière. La généalogie d’Iris l’indique assez, puisqu’on la dit petite-fille de Pontus et de la Terre, c’est-à-dire, de la mer ou eau mercu¬rielle, et de la terre philosophique. »
(« Dictionnaire Mytho-Hermétique » – Joseph Pernety – page 174)
Extrait « Philosophia reformata » traité alchimique de Johann Daniel Mylius édité en 1622 : « La mortification ».
« La gloire éclatante du roi
Hélas ! a fait croître l’envie.
Dix jeunes gens, troupe rustique,
Ont livré le prince à la mort.
Le trouble règne, les ténèbres
Couvrent le soleil et la lune.
Ces astres voilent leur visages,
Semant le deuil dans l’univers.
Mais soudain l’on voit apparaître
Iris aux couleurs chatoyantes :
Elle annonce au peuple en détresse
Le retour de la paix joyeuse. »
Iris est une « figure de la nature essentielle, mère de tout ce qui existe, ou l’humide radial universel imprégné de la chaleur céleste, son principe moteur, mercure philosophique. »
(Citation extraite du « Dictionnaire abrégé des termes de l’art et des anciens mots qui ont rapport au traité de Philalèthe et aux autres philosophes contenus dans la bibliothèque alchymique » – Page 648)
Au début la couleur de la matière de l’Oeuvre est le noir (c’est à dire inconscient) :
Une fois le Corbeau tué, il se transforme en Paon qui fait la roue.
C’est à ce stade qu’il est possible d’apercevoir la déclinaison de toutes les couleurs variées, c’est à dire l’ensemble du processus.

Dame Iris voit fleurir les sept paons.
Carl Gustav Jung écrit :
« Iris, l’arc-en ciel, en tant que phénomène coloré, a pour parallèle la cauda pavonis, la queue du paon, sujet de prédilection des dessins et gravures dans les anciens ouvrages imprimés et manuscrits. Ces images représentent non seulement la queue, mais le paon tout entier. C’est parce qu’il signifie « toutes les couleurs », c’est à dire l’intégration de toutes les qualités, qu’une gravure d’Henri Khunrath le représente, avec logique, sur les deux têtes du rebis dont il manifeste l’unité. Une inscription le désigne dans cette image comme « L’oiseau d’Hermès » et comme la benedicta viriditas (le vert béni), deux épithètes du Saint-Esprit, de la Rouach Elohim qui joue un très grand rôle chez Khunrath. Le vert est la couleur du Saint-Esprit. La cauda pavonis est encore qualifiée à cet endroit dans les termes suivants : « Anima mundi, natura, essentia quinta, res cunctas germinare facit » (âme du monde, nature, quintessence, elle fait germer toutes choses). Le paon occupe ici la place la plus élevée, comme symbole du saint-Esprit dans lequel est intégré l’opposition suprême figurée par l’hermaphradite et le rebis, celle du masculin et du féminin. »
(« Mysterium conjunctionis » – Tome II – page 49 et 50)
L’Iris c’est aussi l’arc-en-ciel que l’on retrouve dans l’iridologie, l’une des techniques utilisées par le naturopathe pour évaluer l’état de santé et le niveau de vitalité à partir de l’examen des yeux, et plus particulièrement de l’iris (membrane circulaire et contractile de la face antérieure du globe oculaire qui constitue la partie colorée visible de l’œil.)
Je valide ce nom d’Iris que je ressens doux, énergique, positif, coloré, porteur de beauté, un peu mystérieux…
Il me reste maintenant à l’associer à un autre terme, à une plante emblématique d’Hildegarde, autre que l’épeautre et le fenouil.