Poème de Francis Ponge : LES MURES
Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’encre remplit.
*
Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vue la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.
*
Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison : « Ainsi donc, se dit-il, réussissent en grand nombre les efforts patients d’une fleur très fragile quoique par un rébarbatif enchevêtrement de ronces défendue. Sans beaucoup d’autres qualités, — mûres, parfaitement elles sont mûres — comme aussi ce poème est fait. »
La mûre : un véritable bonbon, rigolo à cueillir, à la saveur sucrée acidulée naturelle et qui porte le sang des héros !
De quoi intéresser et même fasciner vos enfants en les éloignant de la fraise tagada : d’après la mythologie grecque, la mûre, cette baie délicieuse, proviendrait du sang des Titans, lors de la guerre contre les Dieux !
D’après un autre mythe grec, les mûres seraient le fruit des amours malheureuses de Pyrame et Thisbe.
Pyrame et Thisbé étaient amoureux. Leurs pères ne voulaient pas de cette union mais les amoureux arrivaient à se parler grâce à une fente dans le mur. Un jour, ils projettent de se rencontrer près de la tombe de NISOS, à l’extérieur des murs de la ville, sous un mûrier blanc. Thisbé, arrivée la première, fut effrayée par une lionne qui vient de tuer sa proie. Elle décide de se réfugier dans une grotte. En courant, elle laisse tomber son manteau, et la lionne s’empresse de le lacérer. En arrivant, Pyrame découvre le manteau en lambeaux, souillé de sang et il aperçoit les empreintes de l’animal. Il croit Thisbé morte, emporte les lambeaux du manteau sous l’arbre, appelle la mort et se transperce de son épée. Thisbé sort de la grotte, folle de douleur à la vue de Pyrame agonisant. Elle se précipite sur son épée. Leur sang jaillit et se répand jusqu’aux racines du mûrier, c’est alors que les fruits de l’arbre deviennent des fruits sombres en guise de deuil.

Thisbé écoutant à travers le mur
La mûre, une baie démoniaque ?
Originaire d’Asie mineure, la mûre, petit fruit sauvage s’est dispersé sur tous les continents. Il existe des mûres sauvages noir violacé, acidulées et sucrées qui poussent spontanément sur les ronces des bois ou les clôtures de jardins. Elles se récoltent et se consomment sur place en juillet et août. On peut aussi en faire des confitures, des gelées ou des compotes. La cueillette de la mûre (Rubus fruticosus) est souvent un rituel, un rendez-vous avec la nature. Mais c’est avant la 11 octobre qu’il faut les cueillir… Car… ce jour-là, dit la légende, le diable, chassé du paradis et volant à travers les airs, s’écrasa sur une ronce. Rancunier, chaque année à cette date, il revient pour cracher sur les mûres afin qu’elles soient immangeables…
Les mûres sont-elles démoniaques car rivales du raisin, « ce fruit créé par Dieu pour nourrir les hommes et étancher leur soif » ? La mûre, fruit sombre et délicieux, ressemble au raisin, mais pousse dans un buisson de ronces … Cette ressemblance/dissemblance va justement entourer d’un halo de mystère cette petite baie « qu’il ne faut plus cueillir passé la saint Michel », soit le 29 Septembre…. Pourquoi ? car Saint Michel est l’Archange qui a terrassé le Diable dans le combat des Anges. Face à Lucifer qui affirma « je serai semblable au très haut », nos anciens (britons, celtes ou chrétiens) ont donc établi une rivalité entre la vigne et les ronces, le raisin (fruit céleste) et la mûre (fruit démoniaque), à ce moment charnière du calendrier que constitue le 29 septembre. Fin des vendanges et équinoxe oblige, progression des nuits sur le jour…la mûre se situerait donc à la croisée des chemins entre le combat céleste des forces du bien contre celles du mal !
En Europe la mûre est cultivée depuis déjà plus de 2 000 ans. La mûre de culture est produite soit par le fruit du mûrier blanc, arbre du ver à soie, dont les mûres sont rouges et sucrées, soit celui du mûrier noir, dont la couleur et le goût des fruits sont plus proches de la mûre sauvage.
Une ronce qui au-delà de ses airs de rebelle participe au maintien de la biodiversité !
Une autre légende (peut-être d’Italie ou des paysans des Côtes-d’Armor), affirme que jadis les ronces tenaient auberge, mais ayant accordé trop de crédit à leurs voyageurs, elles durent fermer, totalement fauchées. Depuis lors elles sont obligées d’aller chercher leur pain et accrochent tout passant pour qu’il paie comptant…
Pline déjà, au Ier siècle, dans son Histoire Naturelle, considérait les mûres comme rebelles : « Dans la mûre le suc de la chair est vineux ; le fruit prend trois couleurs, blanc d’abord, puis rouge, et noir quand il est mûr. Le mûrier fleurit des derniers et mûrit des premiers ; la mûre, venue à maturité, tache les mains par son suc, et, non mûre, les nettoie. C’est l’arbre sur lequel l’industrie humaine a le moins gagné ; point de variétés, point de modifications par la greffe ; on n’est parvenu qu’à faire grossir le fruit. À Rome, on distingue les mûres d’Ostie et celles de Tusculum. Il vient aussi dans les ronces des mûres dont la chair est bien différente. »
La mûre, une vraie sauvageonne donc… Mais la ronce ne fait pas que s’agripper aux passants : elle abrite toute une faune et une flore utile dans son épais roncier. Elle est nourricière de la faune à bien des égards et protectrice des jeunes pousses d’essences forestières.
Côté cuisine :
Les mûres se consomment crues ou cuites, natures, avec du fromage blanc, en tarte, en crumble, en muffins, en coulis, en gelée ou confiture. Pour se rafraîchir on peut la manger en sorbet, en smoothie. Le coulis de mûres se marie très bien avec des toasts au chèvre chaud. La mûre peut aussi s’inviter dans les sauces des viandes ou poissons.

Yoghourt aux mûres
Côté santé
Depuis longtemps la mûre est utilisée pour ses vertus médicinales. En effet, les Indiens d’Amériques utilisaient les racines de ronce (mûre sauvage) pour soulager l’asthénie des femmes, après leur grossesse. Et les américains s’en servaient comme remède contre la diarrhée.
Durant l’Antiquité, elle servait déjà de traitement contre les maux de gorge des grecs.
La mûre est gorgée d’eau (85%), c’est un diurétique. Elle hydrate, rafraîchie et soigne les infections urinaires, la goutte et les cystites.
L’indice glycémique de la mûre étant faible, elle n’est pas contre-indiquée aux personnes diabétiques.
La mûre est riche en calcium avec un excellent rapport calcium/phosphore qui facilite son assimilation.
Sa bonne teneur en fer (1.5 mg) profite à toutes les personnes anémiées ainsi qu’à l’enfant qui en manque souvent.
La mûre fournit aussi du magnésium et de la vitamine C (elle peut en contenir jusqu’à 32 mg pour 100 grammes, à peine moins que l’orange avec ses 39 mg pour 100 grammes.), de la vitamine E, qui ralentissent le vieillissement précoce et protègent l’organisme des agressions en contribuant au fonctionnement du système immunitaire. La mûre est aussi anticancérigène, ses anti-oxydants limitent la prolifération anarchique des cellules cancéreuses. L’Université de l’Illinois (États-Unis) a mené plusieurs études qui montrent les très bons résultats de la mûre sur le cancer de l’estomac.
Par ses flavonoïdes (pigments qui protègent le système cardio-vasculaire en réduisant le taux de mauvais cholestérol), la mûre contribue à prévenir l’apparition des maladies cardio-vasculaires et du diabète de type 2. Elle favorise la circulation sanguine.
La mûre possède aussi des propriétés antipyrétiques, son jus diminue la fièvre (la mûre attaque les corps bactériens à l’origine des virus).
La consommation régulière de mûres est excellente pour les personnes qui souffrent de maladies caractérisées par l’inflammation. Grâce à son apport en nutriments, la mûre sert à traiter des maladies comme l’arthrite ou l’ostéoarthrite. Anti-inflammatoire, la mûre réduit les inflammations des gencives, du pharynx (pharyngites), du larynx (laryngites). Elle se révèle très efficace en cas d’angine, de mal de gorge, d’aphtes et d’hémorroïdes. Consommé régulièrement, ce fruit favorise le nettoyage et le renforcement des dents, grâce à l’effet de la vitamine C sur les bactéries.
Au niveau digestif, la mûre est un bon laxatif. Elle contient des fibres (17 g/100g) qui régulent le transit, suppriment les parasites, réduisent les inflammations et les brûlures de l’estomac et des intestins. Mais attention à ne pas faire de consommation excessive de mûres sauvages car sa richesse en fibres peut déranger les intestins sensibles et les estomacs trop acides.
Les feuilles du mûrier sont astringentes. Elles accélèrent le processus de la cicatrisation, grâce à leurs propriétés antiseptiques et antimicrobiennes. On utilise ses feuilles en cas de légères blessures.
On utilise aussi la mûre en cosmétique pour ses bienfaits hydratants, sur les cheveux secs et la peau. L’huile essentielle de pépins de mûres est un très bon anti-rides. Les anti-oxydants de la mûre limitent le vieillissement de la peau, la nourrissent, l’hydratent.

En utilisation interne :
Sirop de mûres : maux de gorge ou élimination des parasites intestinaux.
Faire cuire 1 Kg de mûres dans 20 cl d’eau. Passer au chinois pour filtrer les pépins. Avec le jus obtenu, ajouter 1 fois et demi son poids en sucre. Faire cuire quelques minutes. Éteindre avant que le sirop n’ait bouilli.
Jus de mûres : en cas de fièvre.
Elixir de mûres : Hildegarde de Bingen préconise cet élixir contre la toux d’irritation, la bronchite et afin d’éliminer les mucosités.
Recette : 9 g de poudre de pyrèthre
7.5 g de mûres séchées
2 g de poudre d’hysope
5 g de poudre d’origan séché
100 g de miel
500 ml de vin blanc
Faites bouillir les plantes, le miel et le vin puis filtrer.
Posologie : boire un verre à liqueur après les repas.

Tisane de feuilles de mûres : faire bouillir de l’eau avec une bonne poignée de feuilles de mûrier. Filtrer et boire tout au long de la journée. Indications : angines, les irritations de la gorge, aphtes, les pharyngites, les laryngites et les infections urinaires.
On peut aussi se préparer une tisane drainante façon Hildegarde en mariant des feuilles de mûrier au goût citronné de la mélisse.
En utilisation externe :
Cataplasme de feuilles de mûrier sauvage : utiles pour traiter les légères blessures.