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Sagesse des Anciens pour vivre aujourd’hui une écologie intégrale

Sagesse des Anciens pour vivre aujourd’hui une écologie intégrale 1200 838 Iris & Galangas

Partie 1 

J’ai récemment assisté à une session à Gramat proposant une réflexion sur l’écologie intégrale à travers les écrits d’Hildegarde de Bingen. Cette session était animée par les Jardins d’Hildegarde représentés par Marie-France et Claude Delpech et par le théologien Fabien Revol. La réflexion/méditation, à travers les visions de sainte Hildegarde puis sa mise en perspectives avec les enseignements de saint François d’Assise, s’est avérée très riche et ressourçante. Mais peut-être serait-il bon de rappeler l’origine de cette expression « écologie intégrale ».
Le mot « écologie » vient du grec oikos (la maison) et logos (la science, l’étude, le discours). L’écologie est l’étude des milieux où vivent les êtres vivants, ainsi que les rapports de ces êtres avec le milieu (écologue). Elle vise à trouver l’équilibre entre l’homme et son environnement naturel et à la protection de ce dernier. Le mot « intégrale issu du latin integralis dérivé de integer (« entier, intègre »), avec le suffixe -alis ; au sens mathématique :  entier, nombre entier insiste sur l’absence de restriction. L’écologie intégrale implique donc une prise en compte des aspects environnementaux, économiques, culturels. Elle est inséparable de la notion de bien commun et implique la justice entre générations.
La lettre encyclique du Pape François Laudato sì Sur la sauvegarde de la maison commune publiée le 18 juin 2015 va propulser cette notion « d’écologie intégrale » au-devant de la scène et lui rajouter une dimension spirituelle, sacrée.  Laudato sì est la première encyclique consacrée par un pape à l’écologie. Le titre est tiré du célèbre Cantique des créatures écrit en 1225 par François d’Assise appelé aussi Cantique de frère soleil, dont les principaux passages commencent par « Loué sois-tu, mon Seigneur… ». La « maison commune » (oîkos en grec), désigne celle de l’humanité, la planète Terre.
« L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne ». Au niveau personnel ou communautaire, on ne peut atteindre une écologie intégrale sans effectuer une « profonde conversion intérieure ».

Vers la « sobriété heureuse »

Aujourd’hui, par la force des choses, on commence à envisager sérieusement l’idée d’une « décroissance » ou d’une « sobriété » auxquelles on rajoute, sans doute pour mieux faire passer la pilule, l’adjectif « heureuse ». Car le seul fait même de pouvoir l’envisager est vécu pour certains comme un retour à l’âge des cavernes.
Tout l’enjeu est bien cependant de montrer qu’il n’y a ni oxymore ni antithèse dans l’alliance de ces deux termes. En effet la décroissance ou la sobriété qui serait subie aurait toutes les chances d’engendrer colère, frustration et sentiment de manque dans notre société hyper matérialiste.  L’humain a été tellement dressé à la croissance et à la consommation que la décroissance ne peut être que le fruit d’une lente maturation. Revenir en arrière peut apparaître comme aussi difficile que de vouloir stopper une locomotive et inverser le mouvement.
L’expression « sobriété heureuse » est née sous la plume de Pierre Rabhi ( 1938 à Kenadsa en Algérie, 4 décembre 2021 à Bron en France), le fondateur du mouvement Colibris.

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Pierre Rabhi a vingt ans à la fin des années cinquante lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol. Il refuse que l’homme soit aliéné au travail, à l’argent, sacrifié à la machine économique qui, ne s’inscrit pas dans une vision à long terme par une bonne gestion des ressources communes mais, au contraire, vise la croissance illimitée et coupe le lien filial avec la nature qui n’est alors plus qu’un gisement de ressources à exploiter et à épuiser. Pierre Rabhi incite à fuir l’ordre anthropophage de la“mondialisation” à faire le choix de la modération des besoins et des désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie.
Effectivement, il ne s’agit pas de subir la sobriété par peur d’une fin de monde très prochaine mais bien de s’appuyer sur la stratégie du colibri pour agir sur l’environnement à travers de petits gestes : éteindre les lumières, fermer les robinets, trier ses déchets, refuser l’élevage industriel, réduire drastiquement sa consommation de viande, ne pas acheter de fraises en hiver ! Sur ce chemin de la sobriété et de la réconciliation entre l’humain et le reste de la création, des sages de tout temps peuvent nous aider car ils nous ont donné des clés pour vivre heureux. Choisir de vivre sobrement est valorisant en termes de générosité, de solidarité, de création d’avenir.
Depuis l’Antiquité, les philosophes, les grands penseurs et les auteurs spirituels se sont interrogés sur ce qui fait l’Homme et ce qui le distingue du reste de la Création : sa pensée, sa parole, ses actes, sa quête de la Vérité, sa capacité à élever son âme, sa propension à viser le bonheur.  Ils nous incitent à vivre en harmonie avec notre environnement. Car finalement ce que l’on appelle aujourd’hui la « sobriété heureuse » trouve largement son écho dans la sagesse des Anciens : dans l’ascèse d’un Pythagore ou d’un stoïcien par exemple ou l’austérité fraternelle d’un saint François.

Pour vivre épanoui, pour accéder à la sobriété heureuse, le sage nous propose de cultiver la modestie, l’harmonie ; le philosophe suggère de se réserver des moments en famille, de privilégier des joies simples et gratuites (promenade dans la nature, discussion autour de la table, lecture commune). Le but est d’apprendre ensemble, à développer son esprit critique, à élargir sa conscience, à retrouver l’émerveillement. ! Voici quelques exemples parmi tous les penseurs qui mériteraient d’être cités :

Pythagore : l’homme, « une plante céleste » dans un univers régi par des rapports numériques harmonieux

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Très tôt les Grecs ont eu l’intuition que l’univers était un cosmos tel que Pythagore l’a formulé c’est-à-dire un espace ordonné, beau et harmonieux où les règles d’harmonie se retrouvaient partout : dans la nature, l’homme, la musique, la course des astres. Il y avait un lien profond entre le microcosme et le macrocosme.  L’univers vibrait à l’unisson d’une même harmonie. La théorie de l’harmonie des sphères ou Musique des Sphères de Pythagore (philosophe et mathématicien grec 580 av. J.C. -497 av.J.C.), est  fondée sur l’idée que l’univers est régi par des rapports numériques harmonieux, et que les distances entre les planètes dans la représentation géocentrique de l’univers sont réparties selon des proportions musicales correspondant à des intervalles musicaux. Pour Pythagore, l’humain est une « plante céleste » qui doit sans cesse prendre soin de son « démon, » c’est-à-dire de son divin principe, c’est-à-dire accorder à chacun les aliments et les mouvements qui lui sont propres pour pouvoir vivre en harmonie. Son éthique repose donc sur une ascèse qui conduit à la pureté par l’abstinence de certains aliments (végétarisme induit par la croyance en la métempsychose) et la pratique de la vertu. L’examen de conscience quotidien permettait aux pythagoriciens de progresser dans cette voie pour atteindre la divine sagesse.

Socrate ou l’examen de conscience quotidien

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La philosophie morale de Socrate (Vᵉ siècle av. J.-C) est également fondée sur une constante inquiétude et une incrédulité qui invitent chacun à « sortir de soi », à se mettre un peu à distance de lui-même, pour mieux examiner le bien-fondé de ses actions. La méthode : la dialectique et la maïeutique afin de révéler aux hommes leur ignorance et se préoccuper plutôt de leur âme que de leur corps ou de leurs biens matériels, afin qu’ils s’améliorent.

dialectique ou l’art de faire dialoguer deux discours apparemment contradictoires pour accéder à une vérité supérieure. Grâce à un jeu progressif de questions, Socrate fait tomber les fausses connaissances de l’interlocuteur.

maïeutique : par analogie avec l’une des pléiades de la mythologie grecque Maïa, qui signifie « petite mère » et qui est le nom que l’on donnait également à la sage-femme, la maïeutique socratique est une technique qui consiste à « faire accoucher » les esprits de leurs connaissances

Platon : au-delà des apparences

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Pour vivre heureux selon Platon (428 / 427 av. J.-C. et 348 / 347 av. J.-C. à Athènes), il faut absolument maîtriser la force de notre désir. Le bonheur n’est pas dans le plaisir à répétition, mais dans la quête des plaisirs durables. Pour Platon, les choses sensibles, c’est-à-dire le monde terrestre, ne sont pas la réalité véritable ; ce n’est qu’une apparence, une ombre, une copie des choses intelligibles, seules vraies, seules réelles ; le monde sensible est perçu par les sens ; le monde intelligible est perçu par la raison, et le but de la philosophie consiste à dégager la raison des apparences sensibles pour la tourner vers les réalités intelligibles, que Platon appelle les idées. C’est la leçon de sa célèbre allégorie de la caverne.

Vitruve, l’architecture comme imitation de la nature ou la conscience d’une écologie externe pour un épanouissement interne

Vitruve, architecte romain qui vécut au Ier siècle avant J.C. (90 av. J.C. -20 av. J.C a écrit à la fin de sa vie (-25) le De Architectura (« au sujet de l’architecture » dédié à l’empereur Auguste. C’est le seul livre majeur qui nous reste sur l’architecture de l’Antiquité classique. Cet ouvrage a profondément influencé les artistes, les penseurs et les architectes de la Renaissance, notamment Léonard de Vinci et Michel-Ange.

Vitruve est resté célèbre pour avoir fait valoir dans son De Architectura qu’une structure devait présenter les trois qualités : « firmitas », « utilitas » et « venustas », autrement dit, une structure doit être « forte » (pérenne), « utile » et « belle ». Selon Vitruve, l’architecture est une imitation de la nature.

Vitruve est également connu pour son étude des proportions anatomiques de l’homme reprise par Léonard de Vinci dans « L’homme de Vitruve », représentant un homme à quatre bras et quatre jambes inscrit dans un cercle.

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A suivre